Le carton arrive, et le rouge de votre logo est un peu orange sur les mugs. Pas faux, pas le vôtre non plus. Ce presque est la réclamation la plus fréquente de notre métier, et la moins comprise.
Le carton arrive, vous ouvrez, et le rouge de votre logo est un peu orange sur les mugs. Pas faux. Pas le vôtre non plus. Sur les polos reçus la semaine d'avant, il tirait vers le bordeaux. Et sur l'écran de votre collègue, il est parfait. Ce « presque » est la réclamation la plus fréquente de notre métier, et la moins comprise.
Il n'a rien d'une fatalité. Une couleur imprimée dépend de 4 choses : la référence que vous donnez, le support qui la reçoit, la technique qui la pose et la lumière sous laquelle on la regarde. Les 4 se règlent avant la commande, sur des points que vous pouvez vérifier vous-même. Voici comment lire votre charte, quoi écrire sur un bon à tirer, et la check-list qu'on passe à l'atelier avant de lancer une série.
Un écran émet de la lumière rouge, verte et bleue. Les 3 additionnées donnent du blanc. Une encre fait l'inverse : elle absorbe une partie de la lumière blanche qui frappe le support. Le cyan, le magenta et le jaune superposés donnent, en théorie, du noir. Pantone résume la différence en une phrase : la combinaison de lumière RVB crée du blanc, celle des encres CMJN crée du noir.

Ce sont 2 recettes, et aucune n'est une couleur. Le même mélange CMJN, imprimé sur 6 presses, donne 6 couleurs, écrit Pantone dans le même article. La couleur n'existe que sur l'objet fini, sous une lumière donnée.
La conséquence pratique : un aperçu à l'écran n'est jamais une preuve de couleur. Il montre la position et la taille du logo. Il ne montre pas la teinte qui sortira du séchoir.
| Système | Ce que c'est | Où il sert | Ce qu'il garantit |
|---|---|---|---|
| RVB, hexadécimal | Une recette de lumière (rouge, vert, bleu) | Site web, présentations, réseaux sociaux | Rien sur un objet : la valeur ne s'imprime pas |
| Quadri (CMJN) | Une recette de 4 encres tramées | Impression numérique, photos, dégradés, visuels multicolores | Une simulation de la couleur, variable d'une machine à l'autre |
| Pantone (PMS) | Une encre mélangée d'après une formule, identifiée par un numéro | Logos, aplats, sérigraphie, tampographie | La même référence physique partout dans le monde, sur le support prévu |
Pantone repose sur des nuanciers imprimés. Le Formula Guide donne, pour chacune de ses 2 614 couleurs, la formule de mélange à partir de 18 encres de base. L'atelier qui pose votre logo en sérigraphie ou en tampographie mélange cette encre, puis compare le résultat au nuancier. C'est la raison pour laquelle une couleur de marque se définit en Pantone, jamais en RVB.
La quadri ne sait pas tout faire. Pantone estime qu'en impression 4 couleurs standard, environ 55 % de ses couleurs sont reproductibles avec un écart à peine visible. Les autres sont hors de portée : les orange vifs, certains bleus profonds, les verts saturés. Le nuancier Color Bridge montre, côte à côte, chaque couleur Pantone et sa simulation CMJN la plus proche, avec les valeurs sRGB et HTML dessous. Regardez les 2 pavés avant de choisir une couleur de marque. Si l'écart vous gêne sur le papier, il vous gênera sur un carnet imprimé en numérique.
Chez nous, la question arrive dès le devis. Laurent la compte parmi les 4 informations qu'il lui faut pour chiffrer : « la quantité, le budget, l'article qu'il souhaite, et le nombre de couleurs d'impression. » Un logo en 1 Pantone et un logo en dégradé ne se fabriquent pas de la même façon.
Une référence Pantone porte une lettre. 185 C et 185 U sont la même formule d'encre sur 2 papiers : couché (coated) et non couché (uncoated). Sur un papier couché, l'encre reste en surface et garde son éclat. Sur un papier non couché, elle est absorbée. Pantone est direct : la même couleur imprimée sur les 2 papiers aura un aspect visuel assez différent.
Un objet média n'est ni couché ni non couché. C'est du polyester, de l'inox, du polypropylène, du coton, du verre. Chaque matière prend la couleur à sa manière, et Pantone a d'ailleurs des nuanciers séparés pour le textile (suffixe TCX, sur coton) et pour le plastique (préfixe PQ). Le fabricant du nuancier l'écrit lui-même : la même couleur sur coton, sur plastique et sur papier laqué peut varier légèrement.

3 cas reviennent tout le temps à l'atelier.
Le textile foncé.
Sur un t-shirt noir, une encre colorée posée directement s'éteint : le tissu absorbe la lumière au lieu de la renvoyer. Il faut une sous-couche blanche, puis la couleur par-dessus. Le fabricant d'encres Avient précise que l'interaction entre cette sous-couche et le tissu foncé est déterminante pour régler les nuances de la couleur imprimée par-dessus. Le rouge d'un polo noir et celui d'un polo blanc sont 2 réglages.

Le polyester coloré en sublimation.
La sublimation n'a pas d'encre blanche. Epson le dit sans détour : les supports sont typiquement blancs ou clairs, et le fabricant Sawgrass ajoute que sur un support déjà coloré, vos couleurs seront affectées par la couleur du support. Un logo sublimé sur un tour de cou gris ne sera jamais la couleur de votre charte.
Le métal gravé.
La gravure laser n'ajoute pas de couleur, elle en retire. Sur un aluminium anodisé, le laser enlève les pigments et révèle la couche blanche du dessous, explique le fabricant de machines Trotec. Votre logo sera blanc, argent ou sombre selon la matière. Une gourde gravée n'a pas de Pantone, elle a un contraste.
| Technique | Comment la couleur est obtenue | Fidélité au Pantone | Ce qu'il faut écrire au BAT |
|---|---|---|---|
| Sérigraphie | Une encre mélangée par couleur, un écran par couleur | ★★★ | La référence Pantone C ou U, et la sous-couche blanche sur textile foncé |
| Tampographie | Une encre mélangée, transférée par un tampon | ★★★ | La référence Pantone, et le fond de l'objet s'il est coloré |
| Impression numérique, transfert | 4 encres tramées (plus du blanc en transfert) | ★★☆ | Les valeurs CMJN du Color Bridge, pas le numéro Pantone seul |
| Broderie | Le fil du nuancier le plus proche | ★★☆ | La référence du fil, choisie sur échantillon |
| Sublimation | 4 encres gazéifiées dans un polyester clair | ★★☆ sur blanc, ★☆☆ sur couleur | La couleur du support, avant tout |
| Gravure laser | Aucune encre : la matière révélée | Sans objet | Le contraste attendu, sur un échantillon de la matière |
La broderie mérite une ligne de plus. Un fil n'est pas une encre : on ne le mélange pas, on le choisit dans une gamme. Madeira, qui fabrique ces fils, l'écrit noir sur blanc : Pantone compte des milliers de couleurs, Madeira des centaines, et sa table de correspondance donne « le plus proche disponible ». Le fabricant recommande lui-même d'approuver un échantillon brodé avant de lancer la série.
La sérigraphie et la tampographie respectent le mieux le numéro Pantone, parce qu'on y mélange une vraie encre. Les techniques en quadri simulent. Notre guide des techniques de marquage les compare support par support.
2 couleurs se comparent avec un chiffre. Chaque couleur a une position dans l'espace CIELAB, un repère à 3 axes : L* du sombre au clair, a* du vert au rouge, b* du bleu au jaune. La distance entre 2 positions s'appelle Delta E. Le fabricant d'instruments de mesure X-Rite donne le repère qui compte : un Delta E de 1,0 est généralement admis comme le plus petit écart de couleur que l'œil humain peut voir.

Un panneau d'affichage supporte un Delta E de 4 ou 5. Un objet qu'on tient en main, beaucoup moins. En imprimerie offset, la norme ISO 12647-2 fixe des tolérances pour l'aplat de chaque encre. Sur un objet média, il n'y a pas de norme équivalente : la tolérance, c'est vous qui la fixez avec votre fournisseur, ou personne ne le fait.
2 détails qui expliquent bien des litiges.
La lumière change la couleur.
2 objets identiques sous la lumière du jour peuvent différer sous un néon : c'est le métamérisme, défini par X-Rite. Les professionnels comparent les couleurs sous une lumière normalisée, décrite par la norme ISO 3664. Vous, comparez vos objets à la fenêtre, pas sous la lampe de bureau.
Le nuancier vieillit.
Un nuancier jaunit à la lumière et s'use aux doigts. Pantone recommande de le remplacer tous les 12 à 18 mois. Une charte validée sur un vieux nuancier a une référence juste et un aperçu faux.
Une charte qui ne donne qu'un code hexadécimal laisse chaque fournisseur convertir à sa façon. Ce qu'elle doit contenir pour qu'un stylo, un polo et un mug sortent de 3 usines avec la même intention :
Le logo se transmet en vectoriel, couleurs nommées en Pantone dans le fichier. Un JPEG pris sur le site web contient du RVB et rien d'autre. Sur ce point, on ne donne pas de leçon : « depuis qu'on existe, on a changé souvent de couleur », reconnaît Laurent à propos du logo LOGOBJET. Zora l'a repris en vectoriel. C'est le premier geste.
Le bon à tirer fige l'emplacement du logo, ses dimensions en millimètres, la technique et la référence de chaque couleur en toutes lettres. Il ne fige pas l'aspect de la couleur sur votre écran, puisque cet aperçu est en RVB. Un BAT où la couleur n'apparaît qu'en image, sans référence écrite, n'engage personne.

L'échantillon, lui, est la seule preuve : un exemplaire marqué sur le vrai support, avec la vraie technique, regardé à la lumière du jour à côté de votre objet de référence. Sur une commande qui compte, on le demande. Quand le délai ne le permet pas, une photo du marquage posé à côté du nuancier vaut moins qu'un échantillon et plus qu'un aperçu.
À l'atelier, Zora relit chaque bon à tirer avant qu'il parte : le bon fichier, des cotes qui tiennent sur l'objet, une référence de couleur écrite. Elle a déjà bloqué une production parce que le logo transmis n'était pas le bon. Sans cette relecture, une commande se découvre à la livraison.
Envoyez-nous votre charte et la liste des objets. On revient avec, pour chacun, la technique qui respecte le mieux votre couleur, et ce qu'il faudra accepter là où elle ne passe pas.
Pour aller plus loin : Techniques de marquage : quelle technique pour quel objet · Nos textiles personnalisés · Papeterie et écriture · Animer vos événements · Accueillir vos collaborateurs · Notre engagement