Labels & RSE
Sep 18, 2026

Éviter le greenwashing : les 4 questions à poser à votre fournisseur

Tout se joue avant le bon de commande, en 4 questions posées au fournisseur. Chacune appelle une réponse précise : un chiffre, un lieu, un certificat. Un silence ou une formule vague sont aussi des réponses.

Laurent FUSS
Éviter le greenwashing : les 4 questions à poser à votre fournisseur

Le devis arrive. Ligne 3 : « gourde éco-responsable, bambou », avec une petite feuille verte devant. 3 mois plus tard, une nouvelle recrue retourne la gourde de son kit d'accueil et demande d'où elle vient. Ou le DAF vous tend le formulaire RSE annuel, case « achats responsables ». À ce moment-là, la feuille verte ne vous sert plus à rien. Ce qu'il vous faut, c'est un document.

Tout se joue avant le bon de commande, en 4 questions posées au fournisseur. Chacune appelle une réponse précise : un chiffre, un lieu, un certificat. Un silence, une formule vague ou un logo maison sont aussi des réponses. Voici les 4 questions, les signaux qui les rendent nécessaires et la fiche d'une page pour défendre l'achat en interne.

Avant les questions : les signaux qui doivent vous alerter

Une feuille n'est pas un label. La DGCCRF décrit 3 pièges : l'apparence (paysages, emballage vert, feuilles et arbres), la promesse excessive (une qualité d'un composant présentée comme celle de tout le produit) et la promesse non prouvée, son exemple étant le t-shirt « respectueux de la planète ». Traduit en objet publicitaire :

Une feuille n'est pas un label. Un pictogramme dessiné par le fournisseur non plus.
Une feuille n'est pas un label. Un pictogramme dessiné par le fournisseur non plus.
Le signalCe qu'il cache souventCe que dit la règle
Une planète, une feuille, du vert sur la ficheRien. Une couleur n'est pas une caractéristique.Le piège de l'apparence de la DGCCRF. Pour la directive (UE) 2024/825, des couleurs ou des images peuvent constituer à elles seules une allégation générique.
« Écologique », « vert », « respectueux de l'environnement », « biodégradable »Une allégation globale, invérifiableInterdit sur le produit et l'emballage (code de l'environnement, L541-9-1). Interdit sur tout support à partir du 27 septembre 2026, sauf performance environnementale excellente démontrée.
« Neutre en carbone », « zéro impact »Des crédits carbone achetés, pas des émissions réduitesInterdit sans bilan public des émissions et trajectoire de réduction (L229-68). La directive 2024/825 interdit toute allégation fondée sur la compensation.
Un pictogramme « éco » dessiné par le fournisseurUn label maison, sans cahier des charges ni contrôle extérieurInterdit par la directive 2024/825 : un label de développement durable doit reposer sur un système de certification.

Le risque dépasse l'image. Une allégation environnementale fausse ou invérifiable est une pratique commerciale trompeuse (code de la consommation, L121-2). Le vendeur répond de ce qu'il écrit. Vous, de ce que vous relayez.

Question 1 : « Écologique par rapport à quoi ? »

C'est la question qui fait tomber le mot. Une allégation recevable porte sur un aspect précis, mesurable, parmi les impacts les plus significatifs du produit, sans masquer un transfert de pollution vers une autre étape. La DGCCRF donne l'exemple du bien dont la fabrication est plus sobre mais dont le transport pèse 10 fois plus. « Éco-responsable » ne répond à rien. « Corps en polypropylène recyclé à 70 %, certificat GRS n° … » répond à tout.

Faites compléter la phrase : meilleur sur quel impact, à quelle étape (matière, fabrication, transport, usage, fin de vie), de combien, mesuré comment. Une seule case remplie, et l'argument tient sur cette case-là, pas sur l'objet.

Le bambou est le cas d'école. Laurent le répète, honnêtement, à chaque client qui veut un stylo « écolo » : « Le stylo en bambou, il n'est pas écologique. Il traverse les océans sur des bateaux. » Et le bambou moulé dans une résine n'est plus du bambou, c'est un plastique chargé de fibres. Pour l'alimentaire, la DGCCRF rappelle que ce matériau n'est pas autorisé au contact des aliments et ne peut pas être mis sur le marché. Un objet peut afficher une matière naturelle et cumuler le transport, la résine et l'interdiction.

Question 2 : « Qui l'a vérifié ? »

Il y a 3 niveaux de preuve, et ils ne se valent pas.

  1. Le fabricant le dit. C'est une auto-déclaration. La norme ISO 14021 fixe des règles pour la formuler, mais personne d'autre que le fabricant ne l'a contrôlée.
  2. Un tiers l'a contrôlé. Un cahier des charges public, un organisme indépendant qui audite, un certificat avec un numéro, une procédure de retrait. Oeko-Tex, GOTS, GRS, FSC et Origine France Garantie fonctionnent sur ce modèle.
  3. Un écolabel officiel. L'Écolabel européen et les labels nationaux conformes à ISO 14024, sous contrôle public. Le seul cas où « respectueux de l'environnement » redevient autorisé. Rare sur un objet publicitaire.
Le mot du fabricant, le certificat d'un tiers, le label public : 3 niveaux de preuve, pas la même valeur.
Le mot du fabricant, le certificat d'un tiers, le label public : 3 niveaux de preuve, pas la même valeur.

Ce que chaque label garantit, et ce qu'il ne garantit pas, est détaillé dans notre guide du textile personnalisé. Ici, une seule règle : un label sans numéro de certificat est une image. Le numéro se vérifie en 2 minutes.

LabelOù vérifierCe que vous regardez
Oeko-Tex Standard 100Label CheckLe numéro, le titulaire, la validité (1 an)
GOTSBase publique GOTSLe certificat de portée du fournisseur, son numéro de licence
GRS / RCSCertificats de portée et de transaction (Textile Exchange)Le taux : 50 % de recyclé minimum pour le logo sur le produit, 20 % entre professionnels
FSCFSC SearchLe code de licence ou le certificat de chaîne de contrôle, et son statut
Origine France GarantieLe certificat émis par l'organisme certificateur (Bureau Veritas)Le produit couvert, la validité

Regardez aussi le périmètre. Un certificat désigne des sites, des matières, parfois des références, pas tout le catalogue du titulaire. Un tote bag « GOTS » n'est certifié que si le sac lui-même entre dans le périmètre, avec une chaîne continue jusqu'à vous. Sinon, c'est le niveau 1 avec un logo dessus.

Titulaire, numéro, validité, périmètre : les 4 lignes à lire avant de croire un logo.
Titulaire, numéro, validité, périmètre : les 4 lignes à lire avant de croire un logo.

Honnêtement, tous les certificats ne se trouvent pas en 2 clics. Chez certains de nos fournisseurs, ils sont sur la fiche produit. Chez d'autres, il faut passer un coup de fil et attendre le PDF. On le fait, et le justificatif part avec le devis.

Question 3 : « D'où vient la matière, et où l'objet est-il fabriqué ? »

2 lieux au moins, souvent 3. La matière (le coton, l'acier, le papier) a une origine ; la transformation (le tissage, l'usinage, la confection) en a une autre ; le marquage de votre logo, une troisième. Un fournisseur sérieux donne les 3 sans qu'on insiste, sur une fiche matière : composition en pourcentages, lieu de fabrication, certificat.

« Marqué en France » n'est pas « fabriqué en France ». La règle douanière retient le lieu de la dernière transformation substantielle. La DGCCRF prend l'exemple d'un t-shirt confectionné au Bangladesh, floqué et conditionné en France : le « Fabriqué en France » est impossible. Le marquage du logo ne change jamais l'origine d'un objet. Le détail, pièce par pièce, est dans notre guide du made in France.

Floqué en France, confectionné au Bangladesh : le marquage du logo ne change pas l'origine.
Floqué en France, confectionné au Bangladesh : le marquage du logo ne change pas l'origine.

La question n'est pas « Chine ou pas Chine ». Laurent, qui source depuis 1989 : « L'usine de la planète, c'est la Chine. Il y a encore des gens qui pensent que made in China rime avec mal fait. » La question, c'est : est-ce qu'on vous dit où, ou est-ce qu'on vous laisse deviner. « Europe » sans pays, « sourcing responsable » sans usine, ce n'est pas une réponse. Et sur le textile, ne cherchez pas le coton français : il n'en pousse pas ici.

Question 4 : « Recyclé ou recyclable : lequel, et à quel taux ? »

Les 2 mots se ressemblent et ne disent pas la même chose. Recyclé parle du passé : une part de la matière vient du recyclage. Recyclable parle du futur, au conditionnel : l'objet pourrait être recyclé, s'il existe une filière pour le collecter, le trier et le traiter. Le premier se prouve avec un certificat. Le second dépend d'une poubelle qui n'est pas chez le fournisseur.

Recyclé, c'est du passé et ça se prouve. Recyclable, c'est du futur, à condition qu'une filière existe.
Recyclé, c'est du passé et ça se prouve. Recyclable, c'est du futur, à condition qu'une filière existe.
La mentionCe qu'elle doit vouloir direLa preuve à demander
« Recyclé »Un taux, en masse : produit comportant au moins X % de matières recyclées (article R541-228). Le pourcentage est obligatoire.Le taux écrit, et le certificat qui le trace. GRS : 50 % minimum pour le logo sur le produit.
« Recyclable »5 critères cumulatifs : collecte de proximité, tri, pas d'élément perturbateur, plus de 50 % de la masse effectivement recyclée, filière industrielle avec débouchés.La matière exacte (PET, PP, inox, verre, papier) et la consigne de tri qui va avec.
« Compostable », « biodégradable »« Biodégradable » est interdit sur le produit ; un plastique compostable porte « Ne pas jeter dans la nature ».La norme de compostabilité et le type de compost, industriel ou domestique.

Le piège le plus fréquent est l'assemblage. Une gourde en inox avec un bouchon en plastique et un joint en silicone est recyclable pièce par pièce, pas en un bloc. Un stylo « en fibre de blé » ou « en bambou » est un plastique chargé de fibres végétales, et la DGCCRF traite ces composites comme des plastiques. Demandez dans quelle poubelle il va : si le fournisseur hésite, vous avez votre réponse. Et vérifiez sur quoi porte la mention : elle ne concerne parfois que l'emballage.

Défendre l'achat en interne : la fiche d'une page

Vous n'achetez pas pour vous. Vous achetez pour une recrue qui va poser la question, un comité RSE qui va demander le justificatif, un DAF qui voit la ligne « éco » coûter plus cher que la ligne d'à côté. Ce qui vous protège tient sur une page par référence, remplie avant la commande :

  • L'allégation exacte, en une phrase, avec le chiffre (question 1).
  • Le label, le numéro de certificat, le titulaire et la date de validité (question 2).
  • L'origine de la matière, le lieu de fabrication, le lieu de marquage (question 3).
  • Le taux de recyclé ou la consigne de fin de vie (question 4).
  • Ce qui n'a pas pu être prouvé, écrit noir sur blanc.

La dernière ligne rend la fiche défendable. « Gourde en inox, fabriquée en Chine, sans label, choisie parce qu'elle dure » se défend en réunion. « Gourde éco-responsable » que personne ne sait expliquer, non. L'ADEME publie un guide anti-greenwashing et un test en ligne pour les communicants : vos 4 questions en sont la version côté acheteur.

À l'atelier, cette fiche existe pour chaque référence proposée avec un argument environnemental, et les justificatifs sont joints au devis. Avant la production, Zora relit le bon à tirer avec le certificat à côté : une mention « recyclé » que le certificat ne couvre pas ne part pas en fabrication. Ce que nous garantissons, et ce que nous ne garantissons pas : notre page engagement.

La check-list avant de signer le devis

  • Chaque ligne « éco » du devis porte une allégation précise : quel impact, quelle étape, quel chiffre.
  • Aucun mot générique sur l'objet, l'emballage ou le devis.
  • Chaque label est nommé, avec un numéro de certificat, un titulaire et une date de validité.
  • Le numéro a été vérifié sur l'outil du label (Label Check, base GOTS, FSC Search).
  • Le certificat couvre la référence commandée, pas seulement le fournisseur.
  • La fiche matière donne la composition en pourcentages, l'origine, le lieu de fabrication et le lieu de marquage.
  • « Recyclé » a un taux, « recyclable » une matière et une consigne de tri, et la mention porte sur l'objet, pas sur son carton.
  • La fiche d'une page est remplie, avec la ligne « ce qu'on n'a pas pu prouver ».

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